De l’entrepreneuriat au coaching, chemins de traverse

On me demande souvent pourquoi on devient entrepreneur et coach… Pour moi, cela a commencé en 1988 – j’avais 28 ans – autour d’un photocopieur.

J’étais jeune commercial chez Xerox et je venais de vendre un photocopieur couleur dernier cri à un jeune designer qui venait tout juste de créer son agence. Pour faire simple et vrai, les hasards de la prospection m’avaient amené à son bureau (unique meuble d’une grande pièce vide). Mes arguments firent mouche : je repartais avec mon bon de commande !

Le lendemain, il me rappelait afin de me revoir au plus vite.

Je craignais l’annulation et ma surprise fut totale quand il me proposa de m’associer avec lui. Il cherchait un directeur du développement et avait été séduit par mon énergie. Le deal était simple : je n’ai pas d’argent, je ne peux pas te payer pendant quelques mois mais je te propose de t’associer avec moi.

Je réfléchis une nuit et le lendemain je m’engageais dans une aventure qui sera le début d’une success story de 20 années, de création en revente, ponctuée par des rencontres toujours exceptionnelles et apprenantes. Jusqu’ à devenir le vice président d’un grand groupe de communication.

C’est ma vision de l’entrepreneuriat : une énergie intuitive qui nous porte et nous dépasse, nourrie par le désir d’apporter quelque chose de différent au monde. De le transformer, de laisser une empreinte, de changer le cours des choses. Un peu comme une révolte intérieure, une envie de s’inscrire dans son époque en bâtissant, en réalisant concrètement une part essentielle de soi.

A condition de SE faire confiance, de se connaître soi-même pour traverser le mur des peurs et des doutes.

Et puis… Arrive l’expérience que l’on redoute sans se l’avouer, celle qui nous fait toucher une autre facette de Soi que l’on est opiniâtre à ignorer.

En 2012, s’impose a moi l’issue fatale de la liquidation : après une année noire – de celle qui dévore en un temps record tous vos capitaux propres sagement accumulés les années durant – la lucidité doit prendre le relais. Un matin glacial, premier jour ouvré de l’année, je pose ma DCP sur le guichet du tribunal de commerce. Ma peur du jugement y sera durement éprouvée. Avec le recul, une épreuve salutaire.

Quel lien avec le coaching ?

Une telle décision ne peut se prendre seul : elle exige de descendre dans les profondeurs de sa propre boite noire, là où se nichent les peurs et les désillusions. La grotte de notre part d’ombre.

Mais la bonne surprise est que c’est aussi là que se cachent les ressources et les trésors ignorés.

Sur les conseils d’un ami, je « prends un coach » ; avec lui, en sécurité mais sans complaisance, je m’avance sur le chemin de cette décision difficile, toujours- surtout – en respect de moi même. J’ai gardé une dette d’amitié envers Vincent qui fut celui là.

C’est comme cela que ma vocation de coach s’est imposée avec évidence : accompagner l’autre dans le meilleur de lui même, en conjuguant la bienveillance envers l’être et l’exigence envers l’enjeu.

Ce qui m’amène désormais à avancer sur ce chemin très spécifique de l’entrepreneur-coach ; réveler les racines de l’énergie de l’entrepreneur que j’accompagne- ce qui le motive profondément, ce qui le mobilise, ce qui l’angoisse aussi – tout en mettant en lumière ce qui le freine et ce qui fait profondément sens pour lui.

Ma conviction s’est amplifiée depuis : l’entrepreneur «  heureux » est peut être celui qui SE connaît, qui prend soin de ce qui est important pour lui même comme pour l’autre, qui veille à rester aligné, ajusté sur chaque décision, chaque choix qu’il fait pour lui et pour ceux qu’il conduit et entraine.

En pleine conscience de l’impact de ses décisions.

Peut être une définition partielle de l’entrepreneur altruiste, sensible à la question « à quoi de plus grand que moi même je contribue » ?

Nous sommes parfois confrontés à ce que nous ne sommes pas pour devenir qui nous sommes vraiment : avec 25 années de recul, je mesure pleinement la portée de cette petite phrase, tellement puissante quand on s’y arrête rien qu’un instant. Le déficit d’altruisme que nous ressentons  aujourd’hui nous appelle à lui laisser plus de place dans nos choix et nos organisations. Une contribution humaniste qui peut transformer le monde, avec modestie et humilité : la nouvelle génération d’entrepreneurs s’en saisit et c’est une vraie chance.

Je termine avec une petite phrase qu’un dirigeant coaché m’a fraichement amenée ce matin : « dans cet univers, je ne suis propriétaire de rien. Je ne possède rien. Car je ne peux connaître l’inconnu si je m’accroche au connu »

Dont acte (mais ce n’est pas facile)

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